Un Nicaragua marqué par la Révolution Sandiniste

POSTED BY   Christelle
16 août 2017
Photographie Revolution Nicaragua

Notre temps passé dans la ville de Leon, chargée de culture et d’histoire, nous a permis de découvrir plus d’anecdotes sur la Révolution Sandiniste (1962 -1990). Nous avons remarqué que le pays en était encore énormément imprégné. Très récente, elle a marqué les esprits, que ce soit des plus vieux qui vivent encore et racontent leurs expériences de la guerre ou des plus jeunes qui en héritent l’esprit révolutionnaire ou, au contraire, n’en peuvent plus du devoir de mémoire. On rembobine en vous donnant quelques brèves notions historiques mais sans vous pomper l’air. Pour plus d’infos, rendez-vous sur Wikipedia..

La Révolution populaire est née d’un soulèvement du peuple afin de renverser la dictature des Somoza, famille qui avait la main mise sur le pays depuis 40 ans et était soutenue par les États-Unis. Le tout a commencé dans les années 1960 avec la campagne du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale) qui va progressivement rallier la majorité de la population, des paysans isolés aux citadins. Fort par son nombre, le Front va finir par renverser le gouvernement en 79, après une guerre sanglante qui se déroule dans les rues du pays. Cette victoire donne une légitimité au FSLN qui reste alors au pouvoir jusqu’en 90 puis qui y revient en 2006.

Au-delà des simples faits historiques, ce qui nous a intéressé est de voir les legs de cette Révolution de l’intérieur. Nous avons eu 4 échanges/moments qui nous ont permis de retracer quelques impressions, plus atypiques, du terrain :

Soirée Cinéma à l’auberge El Albergue, à Leon

Au programme ? Le court métrage « Etat de Guerre » de Carmen Castillo et Sylvie Blum qui retrace la Contre-Révolution des années 80. L’angle d’attaque du reportage est très intéressant car il permet de confronter 3 points de vue médiatiques : celui des USA, celui des pays étrangers – avec notamment l’exemple de la France – et celui du Nicaragua. On se rend vite compte que, comme bien souvent malheureusement, les médias ont su tirer leurs épingles du jeu en déformant complètement les réalités locales pour servir l’intérêt de la nation… On vous recommande de le visionner si vous souhaitez mieux comprendre la complexité des alliances diplomatiques en jeu au détriment du peuple…

Ce qu’on en retient ?

Le Nicaragua a pendant un moment été au centre des enjeux politiques des deux protagonistes de la Guerre Froide et a servi de terrain pour leur combat idéologique. Le soucis c’est qu’une partie de la réalité sur la Révolution a été omise par les médias étrangers qui ont très souvent pris le raccourci du prisme Socialisme-Capitalisme pour décrire le conflit.

Visite des plantations de café de Don Pedro au Nord du pays.

Don Pedro a été paysan toute sa vie. Il n’a pas eu la chance d’aller a l’école ou de suivre une éducation. Il raconte…

« On est venu me chercher à a la ferme, j’étais jeune et ignorant. On était ignorants ici à a la ferme. Dans les années 70, on ignorait encore tout du monde…je pensais qu’il y avait uniquement Cuba, les USA et le Nicaragua comme pays. C’était très facile de nous manipuler. Je suis parti faire la Révolution parce que je n’avais pas le choix. C’était soit se battre, soit tout perdre… Ce n’est seulement que plus tard que j’ai compris que notre combat, que l’on voyait comme un combat des pauvres contre des riches et une nécessité pour survivre, pour manger – servait en fait des enjeux politiques beaucoup plus grands… auxquels on ne voulait pas forcément participer, auxquels on aurait jamais pris part normalement. Mais là on était les pions… et l’échiquier était très grand, complexe… surtout dans un contexte mondial de Guerre Froide. »

Ce qu’on en retient ?

Pour construire son armée et trouver ses recrues, le FSLN n’a pas hésité à parcourir les recoins les plus reculés du pays. Souvent, les paysans illettrés n’avaient pas l’image globale et ne savaient pas vraiment pourquoi ils combattaient, si ce n’est l’amélioration de leurs conditions de vie.

Discussion avec deux jeunes étudiants nicaraguayens de 25 ans.

Les parents du premier étudiant n’ont pas participé à la Révolution mais en tant que jeune nicaraguayen, il s’est fait recruter par le FSLN, présidé actuellement par Daniel Ortega. Il nous a raconté à quel point les politiques opèrent un lavage de cerveau sur les jeunes pour les forcer à défendre le Parti et diffuser ses idées. Il a décidé de quitter le parti après un an, se sentant manipulé. Il se souvient des violences des jeunes du parti sur des manifestants anti-gouvernement.

« Je sais que la Révolution était importante pour nos parents et pour notre pays… mais je préfère aller de l’avant, me dire qu’il faut essayer de changer les choses maintenant, en commençant par le gouvernement actuellement en place… des qu’un candidat se présente à l’opposition, il « disparait » ou « se suicide » mystérieusement avant les élections…La politique est pas seulement dangereuse ici, c’est un jeu de vie ou de mort. Et moi je préfère rester avec les vivants, la jeunesse va finir par se soulever, c’est sur ».

Le second étudiant vit au quotidien le fantôme d’une Révolution à laquelle son père a pris part. Il nous montre avec émotion le mur parsemé d’anciens chocs de balles qui orne encore l’arrière cour de sa maison. En quelques coups de pelle à peine, on retrouve des anciennes cartouches de balles dans le jardin…

« Ce n’est pas possible pour moi de tirer un trait sur le passé… je vois cette Révolution encore briller dans les yeux de mon père. Parfois c’est de la fierté, parfois de la haine. Il s’est battu pour le FSLN toute sa vie en tant que militaire. Et un jour, ils l’ont mit à la porte, sans rien. Aucune compensation financière et deux enfants à charge. Il s’est senti trahi. »

Lors des fêtes nationales de libération du pays, son père fête encore la victoire et commémore les morts, pour la plupart ses amis. Mais après il crie « Et nous ? Que faites-vous des vivants ? »

Ce qu’on en retient ?

Le point de vue de la jeunesse sur la Révolution est particulier. S’ils reconnaissent le courage des anciens et les bienfaits du renversement de l’ancien système, ils ont en marre de la récupération politique de celle-ci par le parti FSLN. Pour eux, la Révolution c’est du passé et il faut dorénavant penser au présent. Par ailleurs, les politiques socialistes du parti ne portent pas leurs fruits et les habitants ont souvent l’impression que le parti se soucie beaucoup plus des victimes de la révolution que des vivants qui connaissent la misère.

Christelle

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