Le Pérou autrement…

POSTED BY   Kuba
3 janvier 2018
Selfie avec Alberto

Le prolongement de notre séjour en Colombie et l’arrivée d’amis qui nous rejoignaient en Bolivie a fortement réduit le temps que j’avais initialement prévu de passer au Pérou (Chri restait en Colombie donc j’y voyageais seul). Je me suis donc retrouvé avec 18 jours au lieu de quasiment un mois et demi. Comment faire pour visiter un pays aussi grand et avec autant de choses à voir en si peu de temps ? Deux possibilités se sont présentées à moi: soit je créais un itinéraire express en multipliant les vols internes, soit je faisais des choix. C’est la deuxième option qui l’a emporté !

 

Le choix de l’Amazonie et de sa Selva

Le Pérou est un pays dont j’ai beaucoup entendu parler, notamment par Chri, qui y a passé un mois, et d’autres amis qui y ont séjourné. J’avais donc une idée des destinations potentielles et la carte du pays en tête mais ce sont finalement deux autres choses qui m’ont aidé à faire le choix : l’envie de découvrir un autre Pérou que celui dont tout le monde parle et la rencontre d’un ami Argentin, Juan, qui a passé pas mal de temps en Amazonie et qui m’a très fortement encouragé d’y aller. Mon choix s’est donc porté vers la Selva (les Péruviens partagent généralement leur pays en trois zones : La Costa, la Côte / La Sierra, la Montagne / La Selva, la Jungle), une partie du Pérou qui sort un peu du Gringo Trail habituel. Et même si je meurs d’envie de retourner au Pérou pour visiter le reste et que je suis toujours en deuil de ne pas avoir fait le trek du Machu Picchu, je pense avoir fait le bon choix.

 

Passage de la frontière Colombie – Pérou et la Triple frontière

Pour passer au Pérou depuis la Colombie, je me suis d’abord rendu à Leticia, petite ville colombienne tout au sud du pays. C’est avant même d’y arriver que j’ai eu mon premier contact avec la forêt amazonienne, à travers le hublot de l’avion. Je me revois encore en cours en train de colorier cette partie du monde avec mon crayon vert et me dire que c’est géant mais voir cette masse en vrai, d’en haut, c’est autre chose. Tout d’un coup j’ai compris le nom « poumon du monde ». J’ai aussi eu des flashs des émissions de Discovery Channel ou National Geographic ou des bonhommes en chemises beiges et pleins de sueurs s’aventuraient dans cette jungle, glissant tranquillement en bateau sur un long fleuve marron.
Bref. La ville de Leticia en elle-même n’a que très peu d’intérêt. Par contre, lorsqu’on y rajoute la ville brésilienne de Tabatinga et l’ile péruvienne de Santa Rosa, on obtient ce qu’on appelle Tres Fronteras (trois frontières), une zone frontalière séparant les 3 pays. Cette zone est véritablement un entre-deux, ou plutôt « entre-trois » d’ailleurs. Une zone à part en tout cas. Pour vous donner un exemple, c’est l’endroit où l’on vous donne les prix en soles péruviens, vous payez en pesos colombiens et on vous rend la monnaie en réal brésiliens. Autre exemple ? J’ai atterri en Colombie, je suis allé au Brésil m’acheter le billet du bateau puis je me suis rendu sur l’île péruvienne d’où il partait. Tout ça dans la même journée / nuit. Mon passage par la zone était donc éclair mais je voulais rejoindre Iquitos au plus vite et je me sentais aux Tres Fronteras un peu comme dans une gare : plus vraiment ici, pas encore là-bas.

 

La ville d’Iquitos

Après 14 heures de bateau sur l’Amazone, je suis arrivé dans la ville d’Iquitos. Plus grande ville du monde qu’on ne peut pas rejoindre par voie terrestre, elle surplombe majestueusement le fleuve et bouillonne d’énergie. J’y suis resté 3 jours, ce que je trouvais être ni trop, ni pas assez en quittant la ville mais que j’ai trouvé trop court après avoir rencontré des étudiants de l’université de la ville qui m’ont en raconté un peu plus. Les trois grands coups de cœur de la ville :

 

# 1 // Le marché de Belen ou l’on se perd avec excitation. Des milliers de stands vous y attendent, tous plus exotiques que les autres. Au niveau de l’alimentation on y trouve par exemple toutes sortes de poissons, du crocodile, des tortues, des larves et des fruits et légumes dont on ignore même l’existence. J’ai aussi été impressionné par la partie médicinale du marché avec toutes ses plantes, racines, potions, pierres, tabacs et bizarreries du type pâtes de caïman et peaux de pumas et jaguars.

 

 

# 2 // Le Museo de Culturas Indigenas Amazonicas qui permet d’avoir une compréhension plus poussée des peuples indigènes d’Amazonie (que ce soit au Pérou, au Brésil, en Equateur ou en Colombie). On y apprend énormément sur leur cultures; au sens de la culture/entretien de l’âme et l’esprit; puis sur leur connaissance et perception de l’environnement naturel qui les entoure. Les sujets particulièrement intéressants : la chasse, la guerre, l’art, les croyances, les plantes médicinales et les légendes.

 

 

# 3 // Le Port et ses environs, qui débordent d’énergie et de marchandises de toutes sortes. J’avoue que je n’avais pas particulièrement prévu d’y passer beaucoup de temps mais la recherche de mon bateau et son départ retardé de 30 heures pendant lesquels j’ai vécu dessus m’ont un peu obligé à le faire. Je m’y suis baladé, j’ai observé les grues lever puis descendre des contenaires, j’ai plains les péruviens qui se cassaient le dos avec des sacs de légumes et j’ai joué avec les enfants qui se faufilaient entre les marchandises à la recherche de papier-bulles. C’est aussi la-bas que j’ai eu le droit au plus beau coucher de soleil de la ville !

 

 

La descente du Rio Ucayali

Juan m’a parlé d’un petit village situé sur la rivière Ucayali  où il a été accepté par la communauté et dont il se servait de base pour ses excursions dans la jungle. Pour m’y rendre, je devais prendre un bateau en direction de Pucallpa et m’arrêter un peu avant la ville. C’est donc comme ça que je suis monté à bord du bateau Henry 6 qui transportait des tonnes de marchandises et quelques 200 personnes entassés sur 2 plateformes. Le bateau relie l’axe Iquitos – Pucallpa mais dessert et approvisionne également une quarantaine de villages plus ou moins grands sur le passage. Le voyage n’était pas des plus confortables. Il dure 5 jours durant lesquels : on dort dans son hamac collé à celui de son voisin, on se lave et on lave sa gamelle dans une eau jaunâtre qui ne sent pas bon puis la nourriture n’est pas des meilleures. On vous la sert comme au bagne : trois louches dans une gamelle que vous tendez au cuisinier à travers une grille. Enfin, il ne faut pas avoir peur du bruit : ronronnement du moteur, musiques des téléphones, pleurs des enfants et disputes des joueurs de cartes qui viennent de perdre leur dernier billet.

 

 

Et pourtant, malgré tout ça, j’ai plus que adoré mon trajet. Je pense même que c’était une des expériences les plus excitantes de mon voyage au Pérou. Pourquoi ? Deux raisons principales :

 

#1 // La nature ! Elle vous entoure de tous les côtés et n’attend qu’à être observée. En bas, le Uyucali. Le bateau glisse tout doucement sur ce large fleuve qui s’étend à perte de vue et où l’on peut observer plusieurs sortes de dauphins. A gauche et à droite, la forêt amazonienne, avec ses arbres exotiques et les oiseaux qui se posent sur leurs branches. En haut, un ciel où j’ai vu mon premier arc-en-ciel complet et qui se transforme en observatoire d’étoiles des que le soleil disparaît. La nuit donne d’ailleurs à l’endroit un tout autre charme: il devient comme plus mystérieux et ne donne plus du tout envie de s’y aventurer. Par ailleurs, il y a très peu de surveillance sur le bateau donc vous êtes libres de vous déplacer un peu partout, ce qui rend l’observation encore plus intéressante. On peut par exemple s’allonger sur le toit pour observer les étoiles ou s’asseoir sur une moto pour regarder le coucher du soleil.

 

 

#2 // Les gens. Les bateaux Henry ne sont pas vraiment connus des touristes donc les Péruviens étaient amusés de voir un gringo à bord. On se sent au début comme une bête de foire, à cause de tous ces petits regards du coin de l’œil pas vraiment discrets, mais la glace est très vite brisée par un sourire et un début de conversations. Et ces conversations il y en a eu plein car il y avait plein de gens et plein de temps aussi. J’ai parlé avec desPéruviens de la Selva et de la Côte, avec des enfants et des grands-pères, avec des villageois et des citadins. J’apprenais sans cesse de nouvelles choses sur le Pérou ce qui m’a donné l’impression d’avoir eu un cours condensé sur le pays. Ce qui était génial c’est qu’ils étaient autant curieux que moi : ils me posaient des questions sur la nature, les plats typiques, la langue, les gens ou encore les émissions télé que nous avons dans notre pays. Mention spéciale pour Almendra (une étudiante en bio qui se rendait dans la jungle pour la partie pratique de ses cours), Jorge (un amoureux des femmes qui allait chercher un travail à Pucallpa), Alberto et Eduardo (deux frères qui ont voyagé 9 jours en tout pour rendre visite à un oncle) et Limber, avec lequel je suis descendu avant du bateau à Contamana.

 

 

L’arrêt imprévu, Contamana

Limber, que j’ai rencontré sur le bateau, m’a persuadé de faire un court arrêt dans sa ville de Contamana. Il m’a présenté sa famille, m’a montré les endroits principaux de la ville et m’a emmené au Parc National. On pouvait se baigner dans les cascades et profiter des fameuses Aguas Calientes (eaux thermales brûlantes qui, en se mélangeant avec l’eau fraîche de la rivière, créent un sauna naturel). Sympa et bon pour la santé. Mise à part le parc et ses randos, la ville n’est pas exceptionnelle. Après 2 jours, je n’étais donc pas triste de faire mon sac et redescendre encore un peu plus bas sur le fleuve.

 

 

Roaboya et sa Selva

De Contamana, j’ai pris un autre bateau et me suis rendu directement à Roaboya, un village plus au sud. Comment le décrire ? Intact, authentique, non touristique et relativement développé (les gens ont accès à l’électricité de 18h à 22h et à l’eau potable tous les deux jours à une heure bien précise). On y vit essentiellement de l’agriculture (bananes plantains, papaye, maïs, cacao et cacahuètes qu’on envoie en bateau à Pucallpa) et de la pêche. J’ai commencé à parcourir le village à la recherche de Mario, que Juan m’avait décrit comme étant le meilleur chasseur du village et avec lequel il s’aventurait dans la jungle. Pas de chance, il était en ville pour son travail. Je commençais alors à imaginer d’autres possibilités de voyage quand, après quelques coups de fils passés à droite et à gauche, on m’a fait savoir qu’il revenait demain. En attendant son retour, il me fallait donc trouver un endroit où dormir. C’est de cette manière que je me suis retrouvé chez Marco et Doris qui, il y a trois ans, ont ouvert une auberge pour accueillir les travailleurs qui parcourent la zone à la recherche d’arbres à couper. Des gens absolument adorables. Ils m’ont très vite fait me sentir chez moi en m’invitant à partager les repas et passer des moments avec eux. Ils m’ont fait goûter tous les fruits de leur jardin et m’ont montré leurs champs. Doris me parlait de sa famille, de la vie au village et des plats typiques quand on lavait le linge ou on cuisinait ensemble. Marcos me parlait de football, de son négoce et des légendes quand il me faisait découvrir le coin à bord de sa petite Honda 125cc. Bref, des gens avec le cœur sur la main. Mario aussi d’ailleurs car dès qu’il est arrivé, il m’a invité à manger chez lui. C’était ensuite le cas pendant tout le séjour. Quand il est venu me chercher la première fois, j’étais très étonné : un jeune, 23 ans, 1m65. Et c’était lui le meilleur chasseur du coin ? Eh bien, tous mes doutes ont disparu quand on est rentrés dans la jungle pour la première fois. J’ai jamais vu un gars avec une ouïe et une vue pareilles. Pour vous donner un exemple, Mario est le genre de gars qui reconnaît les oiseaux à leurs chants et vous dit à quelle distance ils se trouvent; le genre de gars aussi qui voit des animaux là où vous ne voyez que des feuilles et des branches. Par ailleurs, il a grande connaissance des arbres, oiseaux et plantes et a appris à tirer à l’âge de 11 ans. De notre première expédition dans la jungle, nous sommes ressortis avec un singe, un oiseau et un sac de souris (larves) qu’on a mangé dans les jours suivants. Le jour d’après, c’est à la pêche que nous sommes allés. Seulement 4 poissons mais de quoi nous faire un bon déjeuner. Le lendemain soir, armés de lampes de torches, d’une machette, d’un fusil, on a passé la nuit dans la jungle. Ça nous a permis de voir d’autres animaux dont un Hergon, serpent le plus dangereux du coin qui tue en 15 minutes. Toutes ces expériences font que je garde un très fort souvenir de ce village et le recommande vivement à ceux qui aiment l’aventure !

 

 

Un passage à Once de Agosto puis envol pour la Bolivie

Mario m’a aussi parlé de Once de Agosto, petit village près de Pucallpa ou vit le reste de sa famille. Le village n’a rien d’exceptionnel à part qu’il est, pour une raison qui m’échappe, épargné des moustiques. Il a aussi la chance d’être géographiquement placé sur les routes des bateaux qui emmènent les touristes en tours et une partie des habitants en ont  profité pour se spécialiser en vente d’artisanat. Bref, je m’y suis quand même rendu à la fin de mon séjour à Roaboya pour connaître le reste de la famille de Mario et un Chamane brésilien qui habite chez eux. Je soupçonne d’ailleurs Mario d’avoir passé quelques coups de fils après nous être quittés car j’ai été accueilli comme un roi : un bateau m’attendait au port de Yarinoacha pour m’emmener à Once de Agosto puis un plat chaud et un hamac m’attendaient quand je suis arrivé au village. Passant la journée et la nuit la-bas, j’ai aussi eu le droit à de nombreux échanges avec le Chamane qui m’a expliqué un peu plus en profondeur son travail et m’a donné quelques-uns de ses remèdes à base de plantes, miel et alcool. Le lendemain, ayant rempli mon ventre et acheté les derniers souvenirs, je suis rentré sur Pucallpa d’où je prenais mon vol pour la Bolivie.

 

 

Kuba

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