Impressions : la mystérieuse Amazonie Péruvienne.

POSTED BY   Kuba
8 janvier 2018
Jungle

Les Péruviens aiment diviser leurs pays en trois zones : la Costa (la Côte), la Sierra (la Montagne) et la Selva (la Jungle). N’ayant visité que la dernière, je me sentais pas trop d’intituler cet article « Impressions du Pérou ». On part donc sur « Impressions de l’Amazonie » et comme on pouvait le prévoir, beaucoup d’entre elles sont liés à la nature.

 

Diversité de la nature et l’immensité de la forêt

Plantes

C’est juste « Woah » ! Il n’y a pas vraiment de mots. L’étendue de la forêt amazonienne vous fait comprendre le nom de « poumon du monde » qu’on lui attribue et sa diversité justifie l’ensemble des études biologiques qui y sont menées. On a l’impression que les arbres et les plantes sont toutes différentes. Il est aussi difficile de s’y déplacer, même une machette à la main, tellement cette végétation est dense ! J’ai aussi été impressionné par la variété de fruits typiques qu’on y trouve et dont j’ignorais même l’existence : mamambo, aguaje et le camu camu sont seulement quelques-uns d’entre eux. Mon préféré reste le guaba (en photo), fruit long qui ressemble à une branche et que j’aurais jamais pensé décrocher d’un arbre si on ne m’avait pas dit qu’il se mangeait ! On a vraiment l’impression que tout ce qui pousse sur les arbres peut être mangé ou au moins un bout peut être sucé.

 

Les animaux sauvages et le rapport au danger

Traces

La diversité de la nature s’applique aussi aux animaux : oiseaux exotiques, toutes sortes de serpents et félins sauvages. Et contrairement aux autres pays que j’ai visité, ils ne sont pas si rares ici. Beaucoup de personnes ont par exemple déjà regardé un puma dans les yeux et vous racontent leur rencontre avec des boas géants, photos à l’appui. Et plus on s’enfonce dans la jungle, mieux c’est. Ce qui est impressionnant également c’est le rapport des locaux à ces animaux dangereux. Ils sont le genre de personnes qui courent après un serpent au lieu de le fuir. Et quand ils vous en montrent un, ils vous demandent de s’approcher de lui le plus possible pour vous expliquer ensuite tranquillement que son venin peut tuer en 15 minutes. Pas de problème non plus pour se baigner dans une lagune ou il y a des crocodiles ou prendre son bain près de l’endroit où ils venaient de pêcher 4 piranhas. Et quand vous leur demandez si des accidents arrivent, ils vous racontent avec un ton banal l’histoire du voisin décédé il y a deux ans à cause d’une morsure.

 

Fertilité des sols et des rivières

Ananas

L’Amazonie est une partie du Pérou qui a vraiment été gâtée par la nature. Les gens parlent d’ailleurs ici d’une vraie bénédiction de Dieu car peu importe la graine qu’ils plantent dans la terre, elle pousse et à vitesse grand V. La situation est pareille au niveau des rivières et des lacs. Ils ne se fatiguent même pas avec une canne à pêche mais jettent leur filets dans l’eau puis reviennent deux heures plus tard pour récupérer les poissons. C’est donc de manière naturelle que l’agriculture et la pêche sont des sources importantes de revenu, certes faible, des villages. (Les autres sources de revenu étant le travail de bois et la construction). Dans ceux que j’ai visité, les gens cultivaient principalement des bananes plantains, de la papaye, du maïs, du cacao et des cacahuètes. Chose absolument incroyable, ils le font à la main. La seule machine qu’ils utilisent est ce qu’ils appellent un kubota, petit tracteur leur permettant de transporter leur récolte de la chacra (leurs champs) au bateau qui les transportera au marché le plus proche et où il faudra négocier le prix de vente. Et quand il faut retourner la terre de tout un champs ou procéder à une récolte rapide, c’est tout le village qui se mobilise et qui travaille en groupes. Autre différence par rapport à notre manière de cultiver : pas d’insecticides, pas de fertilisants et pas d’autres produits chimiques. Tout est naturel et ça se sent. L’Amazonie m’a par exemple réconcilié avec la papaye que je trouve d’habitude un peu fade mais qui, ici, est excellente. Et je vous parle même pas du goût des mangues et de la taille des ananas…

 

Plantes médicinales et chamanisme

Mucura

Vous pouvez oublier les pastilles chimiques vendues habituellement en pharmacie. Ici, on se soigne quasi essentiellement avec les éléments naturels. Pour soigner les maux, on utilisera par exemple les feuilles d’une plante, de l’écorce ou de la sève d’un arbre, des fleurs, de l’aguardiente (sorte de pastis local) et beaucoup de miel. L’ensemble de ces remèdes provient des populations indigènes qui, avec les années, ont développé une connaissance sans précédent de l’environnement naturel dans lesquels ils vivent. Ces connaissances sont aujourd’hui transmises de générations en générations, de villages en villages et du Chamane à son patient. Ce dernier constitue d’ailleurs une autre différence majeure avec notre manière de voir la médecine. Ici, les gens ne vont pas voir un médecin mais justement un Chamane, qu’ils appellent aussi curandero (guérisseur) ou maestro (maître). Doté d’un pouvoir spirituel (qu’il a acquéri grâce à une période de formation durant laquelle il suivait un régime alimentaire strict et buvait ses « potions »), il les aide non seulement avec leur soucis de santé mais aussi d’autres types de problèmes. Il pourra par exemple aider ses patients à trouver un travail, regagner la confiance de leurs compagnons de vie, faire en sorte qu’une personne tombe amoureuse d’eux, ou trouver une réponse aux questions qui les tracassent. Comment fait-il ? La réponse est simple : l’ayahuasca, une préparation à base de l’écorce de liane utilisée comme remède naturel en Amazonie mais interdite et labellisée comme stupéfiant en France. Il la boit avec eux lors d’une cérémonie et les effets qu’elle procure leur permet à tous de connecter avec un au-delà où se trouvent les réponses et les solutions. On parle d’un voyage intérieur. De manière générale, la forme de médecine est très différente en Amazonie : la séparation entre le physique et le psychique ou spirituel est plus fine et on considère les deux comme liées. En photo, la plante de mucura qui, mélangée avec les feuilles à cinq doigts du pinon colorado, est utilisée comme un remède pour aider dans les affaires.

 

Les hergas, mots locaux

J’ai en tout visité deux régions dans le bassin amazonien : la région de Loretto et la région de Ucuyali. Les habitants de ces deux régions ont leur propre manière de s’exprimer et leur propres mots. Plus précisément, ils ont ce qu’ils appellent les « hergas« , mots du coin. Pour vous donner un exemple, ici un champs ou une exploitation se dit « Chacra » et une bière est une « Chela« . Ils empruntent aussi beaucoup de mots aux dialectes indigènes, notamment à la langue Quechua. C’est pour cette raison que vous entendrez souvent « Aqui lo dicen … » qui signifie « Ici, les gens l’appellent / disent ». Enfin, tous les animaux ont aussi leur noms locaux. Un oiseau peut ainsi porter un nom dérivé de son chant ou le nom d’un félin car ils ont des couleurs similaires. Ça sera donc à vous de comprendre de quoi parlent les gens en fonction du contexte. J’ai personnellement trouvé ça un peu compliqué pour les animaux, surtout que je connais déjà pas tous les noms en Espagnol. Il faut en plus s’accrocher pour retenir le tout étant donné la diversité de la faune et de la flore.

 

Sécurité

Sur le site du Ministère des Affaires Étrangères Polonais, la partie Amazone du Pérou est considérée comme une zone à risque et sa visite est déconseillée aux touristes. Je ne serai pas forcément d’accord avec ce constat car je pense qu’il est basé sur deux choses : les années de terrorisme, dont le pays a été victime entre les années 1980 et 2000 et durant lesquelles les guerilleros ont établi leurs bases dans la forêt; puis les narco-traficants dont les labos sont bien enfouis dans la jungle, dans les zones non accessibles par les touristes. Attention, ça ne veut pas non plus dire qu’il n’y a pas de danger. Il y en a, mais ils sont évitables. Voici quelques exemples :

  • Il y a des animaux dangereux. Je ne pense pas forcément aux jaguars, pumas ou crocodiles mais plutôt aux serpents que notre œil et oreilles de touriste ne sont pas habitués à repérer. Le hergon par exemple est mortel et vous tue en 15 minutes. Autre possibilité, vous pouvez attraper le paludisme qui est transmis par les moustiques. Sachant que vous vous trouvez souvent dans une zone reculée, une morsure ou une crise de paludisme peut vite se montrer compliquée et vous mettre en danger.
  • Il y a de la délinquance et des quartiers entiers de certaines villes qui sont à éviter. Je pense notamment à certains quartiers de Contamana, remplis de dealers de cocaïne et d’enfants qui sniffent de la colle à longueur de journée.
  • Beaucoup de personnes se rendent en Amazonie pour se soigner avec ou essayer l’Ayahuasca, un remède local. Dangers de ce côté là aussi car le côté business de la chose fait qu’il existe des faux Chamans qui ne peuvent maîtriser l’Ayahuasca et vous mettent en danger. Il existe aussi les mauvais Chamans, qu’on nomme ici hechisero et qui se servent de leur pouvoir pour jeter des mauvais sorts, blesser ou même tuer.
  • Enfin, comme partout, il y a des personnes mal intentionnés comme des guides malhonnêtes et trop insistants ou des Péruviens qui vous invitent chez eux puis vous volent. Ne faites pas confiance à n’importe qui.

 

Tranquillité et amabilité des gens

DDejeuner avec Mario et Doris

Comme dans l’ensemble des pays visités depuis le début du voyage, les gens sont très gentils et aimables. Toutefois, j’ai trouvé les Péruviens d’Amazonie plus ouverts et curieux que les autres peuples. Ils n’hésitent par exemple pas à venir vous parler en premier et vous couvrir de questions sur votre pays. Ils adorent aussi partager et vous expliquer des choses sur eux, leurs villages et leurs cultures. Je pense que cela est dû au fait qu’il s’agit d’une région moins touristique et que les gens sont encore contents et amusés de voir des touristes. Ca fait plaisir dans tous les cas ! Ils sont aussi plus accueillants et vous invitent très rapidement à loger chez eux et s’asseoir à leur table. En une semaine de voyage à travers les villages, je n’ai du payer qu’un ou deux repas de ma poche. Enfin, ils sont aussi d’une tranquillité sans faille et vivent sans aucune pression. Aucune certitude là-dessus mais je crois personnellement que cela est dû au fait qu’ils ne sont pas stressés financièrement et leurs repas ne sont pas corrélés à leur salaire. Ici, même un pauvre mange à sa faim. Il suffit qu’il sorte de sa maison pour cueillir un fruit et qu’il détende un filet pour récupérer un poisson.

 

Moyens de transports

Bateau pour aller Roaboya

Pas de voitures, bus ou camions ! Ici, on se déplace essentiellement en bateaux. Pour les trajets longs, vous aurez le choix d’embarquer dans un ferry ou sur un bateau de cargaison transportant aussi des passagers. Pour les trajets relativement courts, ça sera soit un rapido (bateau à moteur rapide) soit un transporteur de fruits, légumes et animaux. Enfin, pour rejoindre deux villages voisins, on vous fera monter dans une petite barque ! Cela m’a bien plu car ça me changeait des bus habituels mais il ne faut pas être pressé ! La durée du trajet et la date de départ n’est par exemple jamais fixe car tout dépend des conditions météo et de la cargaison du bateau. Une fois sur terre, vous aurez le choix de louer les services d’un motocarro, qui ressemblent fortement aux tucs-tucs asiatiques, ou de sauter à l’arrière d’un kubota, petit tracteur. Et la encore tout dépend de la météo car la forte pluie rend les chemins impraticables et la seule option que vous aurez est de marcher dans une boue jusqu’aux genoux.

 

Kuba

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