Impressions : L’authentique Bolivie II

POSTED BY   Kuba
31 janvier 2018
Bolivie Cover

 

Le sport

Je suis arrivé en Bolivie sans connaître un seul de ses sportifs et suis reparti… comme je suis arrivé. Le sport national est le foot mais le pays manque cruellement d’un idole ou d’une star. Je peux seulement vous dire que la Bolivie est divisée entre les supporteurs du Bolivar et du Tigre, deux clubs de La Paz qui se disputent chaque année la tête du championnat. Quant à la petite partie de gens qui ne supporte un de ce deux clubs, elle se défend en disant que Bolivar et Tigre sont favorisés par l’altitude (La Paz se situe à 3800m) qui déstabilise les autres. Sur le plan international, la Bolivie ne s’est jamais illustrée. Plusieurs Boliviens m’ont expliqué que ce bas niveau du football Bolivien est dû à la corruption car certains joueurs paient leur entrée en sélection et dans les clubs (explication à prendre avec du recul car ici beaucoup de personnes ont un discours « tout le monde est pourri »…). Le gouvernement fait des efforts là dessus et investit massivement dans le sport ce qui, en pratique, se traduit par la construction à gogo de terrains de sports dans les villages (je dis à gogo car il y a des villages qui n’ont aucun système de traitement de déchets mais 4 terrains de foot). En tout cas, les investissements semblent commencer à donner des fruits car j’ai personnellement trouvé que les jeunes jouent très bien. Chose assez marrante, les joueurs adorent parier et très souvent alignent quelques pièces avant de rentrer sur le terrain. Ce n’est jamais des gros montants mais ça permet à l’équipe gagnante de s’offrir un soda à la fin du match !

 


 

Les routes

La Bolivie est connu pour sa « Route de la mort », une route très dangereuse et tristement célèbre qui se trouve à la frontière avec le Pérou. Cependant, après 1 mois et demi passé en Bolivie à voyager entre les grandes villes et les petits villages, je peux vous assurer que le pays compte bien plus qu’une seule route de la mort. Pour être honnête avec vous, il y’en a plein. La mort sur la route est une réalité et j’ai, de mes propres yeux, vu un car et une camionnette dans un ravin. Par ailleurs, lors de mon séjour à Potolo, le village état en deuil car il venait de perdre deux de ses habitants dans un accident de bus. Mais qu’est ce qui fait réellement le danger des routes Boliviennes ? Tout d’abord le relief montagneux du pays qui rend la construction et l’entretien de routes difficile. Ce relief est synonyme de zigzags au bord des ravins ou encore d’éboulement de terrains et de pierres. Ensuite, ces mêmes montages et la taille du pays rend les trajets plus longs et donc plus fatigants pour les chauffeurs. Et même s’ils mâchent de la coca à longueur de journée, les moments d’inattention peuvent arriver très vite. A cela s’ajoute l’état de certains cars ou camionnettes qui laisse vraiment à désirer. Et je vous parle pas ici d’une porte qui se ferme mal ou d’une clim qui marche pas. Les histoires de bus qui terminent dans le ravin à cause de freins qui ont lâchés ne sont pas rares. Enfin, vient la bravoure inutile de certains chauffeurs qui doublent dans les virages, n’ajustent pas leur vitesse et considèrent le code de la route comme une indication et non obligation.

 


 

Les commerces

En arrivant en Bolivie, vous serrez sûrement interpellés par le nombre important de commerces. Ils sont partout, avec de tout : vêtements, électronique, nourriture… Vous n’aurez aucun problème à trouvez tout ce que vous voulez assez rapidement. Ça m’a même rappelé la Chine car, a côté des commerces légitimes, il y a aussi des centaines de stands de rues avec des films DVDs, des chargeurs, des sacs, des trucs à grignoter. À tout cela s’ajoutent encore les vendeurs du bas de l’échelle, les ambulants qui se posent par terre avec leur légumes, quelques bonnets tressés où encore de quoi laver vos chaussures. Au début on se dit que cette abondance contraste avec la pauvreté du pays. Un peu plus tard on comprend, au contraire, qu’elle en découle. Comment ça ? Dans un pays où le travail manque et les salaires sont bas, chacun essaie de se débrouiller comment il peut et la vente se montre un travail accessible. Il suffit d’acheter moins cher des choses sur les marchés reculés puis les ramener en ville et les vendre avec une petite marge. C’est ce que font toutes ces personnes… Plutôt qu’être assis à la maison, elles préfèrent l’être dans la rue et ramener 40 ou 50 bolivanos en vendant des chewing-gums ou leur  production (je pense ici aux paysans des villages environnants qui viennent vendre leurs fruits et légumes en ville ou les grands mères qui essaient de vendre quelques bonnets qu’elles ont tissé pour pouvoir s’acheter un médicament). Finalement, le nombre de commerces  est important non pas parce que les gens sont riches et vont acheter mais parce que les gens sont pauvres et on besoin de vendre… Autres choses assez marrante concernant les commerces, ils sont souvent regroupés. Il y a par exemple une rue avec les bureaux d’avocats, une rue avec les opticiens ou encore un croisement de rues avec que des coiffeurs. Je n’ai pas encore encore compris l’avantage économique d’une telle pratique mais c’est plus simple pour le client pour comparer les prix et faire son choix.

 


 

La nourriture

La nourriture est la deuxième chose par laquelle j’ai été agréablement surpris. On m’a beaucoup répété : tu mangeras de la merde, des patates à longueur de journée, ne t’attends à rien… FAUX. Certes, la nourriture n’est pas très variée dans les pauvres villages de l’Alto Plano : vous aurez le choix entre riz et patates puis quinoa et patates, accompagnés de l’aji, un piment ultra fort qui vous fait regretter le lendemain de l’avoir mangé. Cependant, dans tous les autres endroits, j’ai très bien mangé. Je suis même vexé par toutes les remarques que j’ai entendu sur la nourriture Bolivienne car je trouve qu’elle partage beaucoup de traits avec… la nourriture polonaise. Je pense notamment au combo gagnant de la soupe en entrée puis un second plat souvent composé de pommes de terres, un peu de légumes et un morceau de viande. Je pense aussi au fait que les Boliviens mangent beaucoup, assez gras et aiment le sucre. Dans le Sud, on trouve par contre quelques similarités avec la France : un vrai fromage de chèvre et du vin pas trop mal quand il est pas trop sucré. La Bolivie est donc pour moi l’un des pays où j’ai le mieux mangé pour l’instant et de loin le meilleur rapport qualité/prix/quantité du voyage. Le dernier argument est aussi bien valable si vous mangez dehors et si vous cuisinez car les aliments sont frais et pas cher et au restaurant, la soupe, plat et boisson vous coûtera uniquement 1.5€. Quels coups de cœurs ? Le petit dej local (pain buñuelo avec fromage de chèvre et café), absolument toutes les soupes et la tendresse de leur poulet frit.

 


 

Le pays d’Evo

« Evo, le grand Evo adoré ! ». Telle était la situation en Bolivie il y a encore quelques années. Il faut dire qu’il avait tout d’un chouette type. Indigène et ancien cocalero (cultivateur de coca), il est arrivé au pouvoir en 2005 pour changer la donne et rendre le pouvoir au pauvres. Il s’est très vite imposé comme l’homme du peuple en donnant plus de droits aux indigènes, en nationalisant les industries, en construisant des écoles et des terrains de foots puis en mettant en place des projets sociaux comme des bourses alimentaires pour les jeunes mamans ou aides sociales pour les familles nombreuses. Personne en Bolivie ne peut lui enlever ça et tout le monde est reconnaissant pour sa politique de gauche. La qualité de vie de beaucoup de familles a été améliorée et une tonne de villages pauvres et reculés se sont enfin sentis entendus. C’est après que les choses se compliquent car Evo a en effet pris trop goût au pouvoir et au fait d’être vénéré par ses compatriotes. Sa manière de gouverner a tranquillement dérivé vers le populisme et il ne veut plus quitter le pouvoir: il est actuellement en train d’effectuer son troisième mandant et veut à nouveau se représenter en 2019. Qu’est ce qu’en pensent les Boliviens ? Je peux vous dire qu’ils sont préoccupés et ont peur d’une guerre civile tellement le pays est divisé à ce sujet. Il l’a déjà été lors d’un référendum organisé par Evo lors duquel il interrogeait la population sur une possibilité de brider un quatrième mandant, pourtant interdit par la constitution (vous verrez que tout les murs du pays en sont encore couverts de « Vota Si« , « Vota No » ou « Nulo« ). C’est le « Non » qui l’a emporté lors de ce référendum mais comme tout despote qui se respecte, Evo n’en a rien à foutre. Le pays est donc divisé en deux. D’un côté nous avons ceux qui soutiennent Evo, très souvenant des personnes qui sont encore sous le charme de ses réformes et ses discours anti capitalistes ou qui se se sentent valorisés par le fait qu’il accorde une importance aux indigènes et villageois. D’un autre côté, ses opposants qui reconnaissent la pertinence de ses premières années de présidence mais lui reprochent aujourd’hui d’être devenu un dictateur populiste à la Chavez et d’être mêlé à des affaires de corruption. Quant à moi, je ne peux pas juger ses réformes mais on ressent vraiment le côté mégalo et populiste du type. Son visage est sur toutes les affiches et son nom sur toutes les plaques commémoratives. Evo avec un casque sur un chantier, Evo en habit traditionnel lors d’une feria, Evo en train de saluer les élèves d’une école, Evo ci, Evo ça. J’ai été énervé aussi de voir que des petits villages avaient des terrains de foots flambants neufs (vraiment, nos citys peuvent aller se cacher) alors que ses habitants mâchent de la coca à longueur de journée pour ne pas ressentir la faim…

 

La saleté et la pollution

La Bolivie est loin d’être le premier pays où nous étions confrontés à la saleté et à la pollution car c’est un problème qui touche tous les pays d’Amérique Centrale et du Sud (hormis le Costa Rica peut être). Toutefois, la Bolivie est au niveau supérieur. Ici, dès qu’on finit un bonbon, on jette son papier par terre. Dès qu’on finit un soda, on jette la bouteille par la fenêtre. J’ai vécu quelques jours chez une famille dans le petit village de Potolo et leur terrain ressemblait plus à une déchèterie qu’à un jardin. Mais ce qui est encore plus intriguant avec la Bolivie est le déphasage entre le croyances des gens et leurs comportements. En effet, je ne comprends pas comment une personne qui croit à la Pacha Mama (la mère terre) peut ensuite jeter ses papiers par terre. Comment une personne qui, en ouvrant une bouteille d’alcool en verse un petit peu par terre en offrande, peut ensuite laisser cette bouteille dans la nature? Ce déphasage m’a renforcé dans la croyance que ce problème n’est pas seulement lié à la pauvreté mais surtout au manque d’éducation. Les gens ne jettent pas leurs papiers par terre seulement parce qu’ils ont d’autres problèmes plus graves. C’est aussi parce que  personne ne leur a expliqué que c’est mal.

 

Kuba

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