Deux semaines dans la Guajira

POSTED BY   Kuba
13 décembre 2017
Cover

NB : Nous avons voyagé dans l’Alta Guajira hors période touristique. Selon les dires des locaux, l’endroit a un autre visage de Novembre à Janvier.

 

Dans un des guides touristiques, les pages consacrées à la partie nord de la Guajira commencent de la manière suivante : « L’Alta Guajira, un des endroits les plus beaux au monde. Les touristes y restent généralement 3 jours… ». Pour nous. Il y avait comme un hic dans cette phrase. Pourquoi rester que 3 jours dans un endroit qu’on considère comme un des plus beaux au monde ? On a décidé de faire autrement. En tout, nous avons passé plus de deux semaines dans la région, entre Uribia, Punta Galinas et surtout Cabo de la Vela. Pas pour faire mentir le guide mais parce qu’on s’est senti un peu envoûtés par cette région et avons décidé d’aider une famille en grand besoin, dont nous sommes tombés sous le charme. Récit de notre séjour :

 

L’endroit

Situé à la pointe nord du continent sud américain, la Guajira a quelque chose de magique. Nous l’avons senti tout de suite en arrivant, encore dans la voiture, lorsque nous avons vu les premiers cactus décorer ces grands étendues de sable. Qu’est ce qui fait vraiment son charme?
Tout d’abord son décor, exotique pour nous, européens. Ces grandes plaines jonchées de cactus et de petits arbustes secs qui n’ont visiblement pas pu résister aux rayons trop fort du soleil. Les couleurs aussi ! Le jaune ou orange du sable, le vert des cactus et le rouge de leurs fruits, le gris des branches, le bleu du ciel, le turquoise de la mer et le blanc des petits lacs de sel sur lesquels on tombe de temps en temps. Tout ça forme une palette de couleur exceptionnelle dont les tons varient avec chaque rayon de soleil et à chaque passage d’un nuage. Et quand tombe la nuit, tant pis si vous ne pouvez plus voir ce spectacle, un autre vous attend. Il vous suffit en effet de lever les yeux pour voir un ciel magnifique. L’absence de pollution vous permettra d’observer des milliers d’étoiles, la Voie lactée et voir des étoiles filantes tellement grandes qu’on dirait des comètes. L’Alta Guajira fait aussi partie de ces endroits où la lune et le soleil se disent encore bonjour. Au coucher du soleil, il vous suffira de tourner le dos pour voir la lune se lever tout doucement. D’ailleurs c’est eux, la Lune et le Soleil, qui font la loi ici. On se réveille quand le soleil se lève et on se couche peu après qu’il ait disparu. Pour beaucoup de gens, le soleil fait office de montre. À titre d’exemple, José, un petit du village, nous a donné rendez-vous à 6h le lendemain pour qu’on l’accompagne à l’école. Le jour suivant, après 40 minutes d’attente sans voir José, nous perdons espoir et nous nous mettons en route pour rentrer chez nous. Mais c’est quelques minutes plus tard qu’on le croise tout souriant sur le chemin. Quand on lui dit qu’il est en retard, il ne comprend pas. Et quand on lui demande quelle heure il est, il lève tout simplement les yeux au ciel et nous répond tranquillement : six heures. On a compris.

 

Les gens

L’endroit n’aurait pas autant de charme sans les gens qui y habitent. Il est en majeure partie peuplé par les Wayuus, peuple amérindien du désert, qui vit soit dans le village de Cabo, soit dans les rancherias (maisons reculées du désert). Vous les reconnaîtrez à leurs Mantas (robes) brodées, sacs tissés, leur langue super compliquée (le Wayuu, pire que le polonais) et une pâte noire, sorte de crème solaire faite maison, qu’ils s’étalent sur le visage. Autres signes distinctifs ? Ils adorent leur alcool local, le Chimchiri, raffolent du Chivo (chèvre du désert) et dorment dans les Chinchorros (hamacs larges tressés à la main). Ils sont aussi organisés par familles. La petite taille du village fait que tout le monde est d’une certaine manière oncle, tante, cousin et cousine de tout le monde. Et même s’ils ne sont pas de la même famille, ils vont quand même s’appeler primo (cousin) ou tio (oncle) par signe d’affection (ce qui nous complique encore plus la tâche pour comprendre les liens entre eux).
En dehors des Wayuu, le village est aussi peuplé de vénézuéliens qui ont fuit le désastre économique et politique de leurs pays. La frontière étant proche, ils l’ont traversé avec leurs sacs sur le dos et se sont installés dans la région. Humbles et discrets, ils vendent leurs petites arepitas, empanadas et boissons dans la rue. Si la cohabitation peut parfois s’avérer difficile avec l’apparition de conflits, notamment à cause des coutumes Wayuu et leur rapport à la terre, les deux communautés parviennent à vivre ensemble en paix. Les deux aussi sont très pauvres, vivant dans des maisonnettes en bois, parfois renfoncés par de l’argile, et dormant dans des hamacs ou à même le sol. Il n’ont pas d’eau et doivent s’approvisionner auprès d’un camion citerne qui passe tous les quelques jours au village. Très peu ont l’électricité, qui est encore réservée aux détenteurs de générateurs électriques à gasoil. Beaucoup d’enfants doivent aussi travailler pour aider leur famille à s’en sortir. Ils arpentent les rues avec leurs casseroles ou leur Thermos en vendant empanadas, arepas au fromage et le tinto, café local.

 

 

Les problèmes

Comme dans chaque petit village, il y a des histoires, et elles circulent vite. En à peine deux semaines, nous étions confrontés à plusieurs d’entre elles. Tout d’abord le vol. Ils sont assez courants et il vous faudra surveiller vos affaires car il arrive souvent que des choses disparaissent. Et ça peut aller des enfants qui piquent des empanadas ou des arepas au touristes qui se font voler leurs appareils photos. Ensuite, la drogue. Nous n’avons pas cherché à trop creuser ce sujet ; surtout quand on nous a dit qu’ en savoir trop peut se finir par une séquestration ou un corps retrouvé dans le désert ; mais les bateaux ne transportent pas que la pêche du jour. La machisme est aussi un grand problème avec des hommes infidèles, irrespectueux et parfois violents envers leurs femmes. Les coutumes Wayuus sont d’ailleurs un peu bizarres à ce sujet car une femme battue ne peut pas décider seule de partir. Il faut qu’elle le demande au patriarche de sa famille qui ensuite parlera au patriarche de la famille du mari pour trouver un arrangement. De manière générale d’ailleurs, beaucoup de décisions importantes (vente d’un terrain. déménagement, mariage et séparation, ouverture d’un négoce) sont soumises à l’approbation de ce patriarche. Et si c’est un non, c’est un vrai non et ça le restera. Enfin, il y a le problème d’une famille riche en argent et en représentants politiques qui freine le développement économique du village. Ils votent contre les projets de développement d’infrastructures et freinent les initiatives des habitants qui leur permettrait de se sortir de la misère. La raison ? Ils préfèrent aider les gens avec leur propre argent, souvent juste avant les élections, pour acheter leurs voix.

Fillette et bout de carton

 


 

Et qu’est ce qu’on a fait pendant ces deux semaines?

 

 Visite des point d’intérêts

Nous avons commencé notre séjour en bons touristes et en visitant les endroits à voir dans le coin. Nous nous sommes donc rendus à Punta Galinas, point le plus au nord de l’Amérique du Sud, où nous avons passé la nuit. Le trajet pour s’y rendre est aussi beau que l’endroit, à condition que vous choisissiez la voiture comme mode de transport.
Au menu sur place : visite du vaste désert, un mirador et une dune de sable qui se rencontre avec l’eau turquoise de la mer. Nous avons aussi visité les environs de Cabo : Pilon de Azucar pour se baigner et profiter de la vue, Ojo de Agua pour une balade au bord de l’eau puis le Faro pour une vue imprenable sur le coucher du soleil.
On recommande vivement !

 

 

Chill dans le village

Vivre sans électricité, sans portable et alignés sur les cycles du soleil nous a permis aussi d’avoir des moments de déconnexion totale dont nous avons profité pour se reposer. Baignade dans la mer, sieste dans le Chinchorro, une Polar et une petite arepa (bière vénézuélienne) au village, balades sur la plage et couchers du soleil. À cela s’ajoutent les matchs de foot avec les enfants du village (auxquels nous avons acheté un ballon), le suivi des éliminatoires de la coupe du Monde au bar du village et quelques soirées arrosées avec les locaux ou les amis de notre hospedaje (un gros bisous à Daniela, Murielle, Tea, Antoine et Juan s’ils lisent cet article) !

 

Nous avons également mis notre voyage en pause pour venir au secours d’une famille en passe de se retrouver dans la rue. Retrouvez notre mission solidaire ici.

 

Kuba

You may also like

Impressions : l’authentique Birmanie !
19 juin 2018
Impressions
Impressions : Un roadtrip à travers la Nouvelle-Zélande !
5 juin 2018
Impressions